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Toilettes Sèches
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Composition chimique des déjections

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- http://www.eco-bio.info
- http://www.terreau.org/

Pour savoir comment construire sa toilette à litière, cliquez ici, ou téléchargez le schéma en format pdf. [Plans adaptés par Olivier Vienne, d'Écaussine en Belgique]

Pour voir des maisons en «EAUTARCIE », cliquez ici.

Il est instructif de lire un témoignage venant d'Andalousie (Espagne) sur les bienfaits de l'Eautarcie en région sèche.

Pour écouter des extraits radio d'une émission Babylonintitulée «Le caca c'est pas de la Merde!», documentaire de Jonas Pool, réalisé par Jean-Philippe Zwahlen, et diffusée sur la Radio Suisse Romande le 16 septembre 2010, cliquez ici.

Première publication du texte de la présente page sur www.eautarcie.com : 2003

Adaptation du texte original et première publication de la présente page sur www.eautarcie.org : 2009-10-09

Mise à jour : 2014-03-11


Pourquoi utiliser une toilette sèche ?

Obstacles à l'extension des toilettes sèches

Beaucoup d'environnementalistes considèrent que l'usage d'une toilette sèche est un des sommets de la conscience écologique. Ils ont entièrement raison, bien que l'argumentation qu'ils avancent en général pour défendre leur point de vue est incomplète.

La promotion des toilettes sèches tourne autour de deux idées forces: la pollution générée par les W.-C. et le gaspillage d'eau potable dans les chasses. Sans nier la pertinence de cette argumentation, force est de constater qu'il s'agit en fait de deux aspects mineurs d'un problème beaucoup plus général touchant les bases mêmes de la gestion durable de l'eau et de la biomasse dans le monde. Cet aspect n'est pas abordé par les défenseurs des toilettes sèches.

Des ONG travaillant dans les pays en développement font parfois involontairement le «  réclame  » des W.-C. à chasse d'eau, en le présentant comme « l'ange gardien de la santé ». Le placement des latrines (extrêmement polluantes) est présentée comme la solution de secours en attendant les W.-C., les égouts et les stations d'épuration. Les solutions pour un monde durable sont tout à fait différentes, même dans les pays en voie de développement..

C'est au cours de nombreuses discussions que j'ai eues avec les fabricants et les promoteurs des toilettes sèches du commerce que j'ai réalisé combien les deux idées forces mentionnées ci-dessus ont fait et font encore obstacle à l'extension de ces toilettes. «L'enfer est pavé de bonnes intentions». C'est la phrase qui caractérise le mieux la situation.

L'obstacle se situe à plusieurs niveaux :

[1]
Il ne faut pas sous-estimer l'inertie du grand public à accepter un changement, en raison de ce que l'on pourrait qualifier d'instinct grégaire humain. Celle-ci se conjugue à une phobie culturelle inculquée depuis longtemps face à nos déjections, et se voit renforcée depuis plus d'un siècle d'hygiénisme à outrance. À ce sujet, il faut plutôt lire le chapitre sur Notre relation à nos déjections.

En résumé, les toilettes sèches du commerce destinées au grand public sont relativement confortables, mais trop coûteuses. Leur écobilan est, pour le moins, contestable. Les promoteurs du tout-à-l'égout ont encore des beaux jours devant eux avant une prise de conscience devant le gâchis environnemental perpétré. C'est triste à dire, mais à cause d'un manque d'ouverture scientifique de leur part, les fossoyeurs de la toilette sèche sont ceux qui la fabriquent et la vendent.

Mes discussions avec les concepteurs et les vendeurs des toilettes sèches deviennent rapidement un dialogue de sourds. Même devant des faits analytiques, ils s'accrochent à des solutions techniques scientifiquement dépassées, nuisibles même. Je préfère encore affronter les techniciens académiques du génie sanitaire qui finissent toujours par admettre le bien-fondé de mon argumentation. Entre scientifiques, on se comprend mieux, même si on n'est pas du même bord. Lorsque ces collègues ont épuisé tous les arguments scientifiques, ils avancent l'argument suprême des exigences de la loi en matière d'assainissement et d'épuration. Ils ne réalisent pas que les lois en vigueur, c'est eux qui ont fait par leurs avis d'expert donnés au législateur. Avec les environnementalistes par contre, du moins avec ceux qui n'ont pas pu dépasser les solutions classiques, la discussion tourne rapidement au vinaigre, car ils travaillent souvent au niveau émotionnel.

Toilettes sèches et idées fausses

La première idée fausse est la séparation de la matière fécale et de l'urine.

Un concepteur danois de toilettes sèches a exposé un jour à une conférence publique organisée par un architecte bruxellois [2] que «les animaux dans la nature ne défèquent et n'urinent pas nécessairement à la même place». Il est donc tout à fait «naturel» de séparer les deux effluents. Cette justification manque de données scientifiques.

[2]
Cet architecte est Pierre Deru dont les travaux sont admirables dans le domaine de la réhabilitation des logements urbains insalubres. Contact: Pierre Deru, 34, rue Florémond, B-1325 Chaumont-Gistoux, tél./fax: 0032.(0)10.24.88.35, Courriel: aadd@skynet.be site : http://www.architectes-aadd.be

Il vaut mieux dire franchement qu'on sépare les deux pour des raisons de commodité technique: la volonté d'espacer les manutentions des effluents. L'urine, facile à stocker dans un réservoir séparé, constitue 90% de la masse de nos déjections. Les fèces desséchées occupent peu de place. Dès le moment où l'urine est évacuée de la toilette par simple écoulement, l'enlèvement du peu de matière solide qui reste peut attendre plusieurs mois. Grâce à cette astuce, l'usage de la toilette sèche s'apparente à celui d'un W.-C.. L'usager de passage ne voit pratiquement pas la différence. Les nouvelles technologies viennent à la rescousse: la cuve reçoit un revêtement à base de silicone sur lequel les liquides n'adhèrent pas et l'urine ruisselle sans laisser de traces. L'objectif fixé par les constructeurs est atteint: nos excréments sont évacués hors de notre vue. Nous pouvons continuer à faire semblant d'ignorer le problème.

Le compostage interne dans un réservoir situé sous la toilette s'inspire toujours du souci d'éviter de s'occuper de ses déjections. Malheureusement, il n'est pas possible de réaliser dans une cuve ou dans une fosse, les conditions aérobies nécessaires pour un bon compostage. Le véritable compostage se fait sur le sol même, en symbiose avec la faune qui vit dans le sol. Toute fermentation anaérobie, inévitable dans les cuves, soustrait l'azote et aussi une bonne partie du carbone au processus de formation de l'humus, tout en libérant, en prime, la pollution par les nitrates et l'ammonium.

Malheureusement, le prix à payer pour ce confort intellectuel est plutôt élevé aussi bien au niveau technique et financier qu'au niveau environnemental.

Au niveau technique, la séparation de l'urine fait automatiquement émerger le problème des odeurs qui nécessite des solutions complexes et coûteuses. Comme nous allons le voir à propos de la toilette à litière biomaîtrisée , la clef de la maîtrise simple des odeurs se trouve précisément dans la réunion de l'urine, de la matière fécale avec la litière. Lorsqu'on sépare les deux, les odeurs apparaissent des deux côtés. Pour les évacuer, il faut un système de tuyauterie et de ventilation forcée. Une toilette sèche classique comme la Clivus Multrum [3] occupe la place d'une chambre dans une habitation, sans parler du percement du plancher, du plafond et du toit. Une panne de courant et le système d'aspiration, qui doit tourner 24 heures/24, cesse de fonctionner: c'est l'apparition des odeurs et… des mouches. Il faut vraiment vouloir une telle installation qui coûte facilement 5 000 € (en plus du coût de la place qu'elle occupe dans la maison, les frais élevés de son installation) et consomme environ pour 100 à 200 € d'électricité par an. Si l'utilisateur de bonne foi prenait la peine d'examiner les impacts environnementaux de sa toilette, il irait rapidement chez le plombier le plus proche pour faire installer des W.-C. classiques et un bon système d'épuration.

[3]
que j'appellerais volontiers «Clivus Monstrum».

A propos de la séparation de l'urine, il y a lieu de signaler la mise sur le marché d'une nouvelle toilette sèche appelée «nonolet» (non-eau-toilette) qui constitue une sorte d'intermédiaire entre la deuxième et la troisième génération des toilettes sèches. Afin d'espacer les vidanges, on sépare l'urine pour le conduire dans un réservoir. Le seau de la toilette est garni d'un sac biodégradable dont le fond troué permet l'évacuation de l'urine. Après chaque usage, on couvre les déjections avec quelques feuilles de papier buvard (fait en papier recyclé) et on tasse l'ensemble avec un disque fixé sur un bâton, appelé « presse-papier ». De temps à autre, on recommande de verser un peu d'eau sur l'ensemble tassé. Quand le sac est rempli, on le met dans la poubelle ou sur le tas de compost.

Pour la maîtrise des odeurs, la nonolet utilise le principe de la TLB : la couverture des déjections avec de la cellulose végétale (=papier buvard) qu'il convient d'humidifier. Les promoteurs affirment que la source des odeurs est la présence d'urine, c'est pourquoi qu'ils l'évacuent. Alors que c'est précisément l'urine qui imprègne la cellulose qui est à la base de la maîtrise des odeurs. Pour remplacer l'urine évacuée, les promoteurs de la nonolet recommandent d'y verser de l'eau. Ils n'ont sans doute pas encore remarqué le fait qu'en urinant sur le papier buvard qui couvre les déjections, l'odeur disparaît beaucoup mieux qu'en versant de l'eau.

L'avantage de la nonolet est la maîtrise des odeurs, en principe, sans ventilation. Elle conserve par contre, la caractère polluant de toutes les toilettes sèches à séparation par l'utilisation de l'urine diluée dans le jardin. En fait près de 80% de l'azote de nos déjections se trouve dans l'urine, la perte est énorme ! Le papier utilisé a un coût plus élevé que la litière courante, sans parler des impacts environnementaux de sa fabrication. Que d'astuces, de complications et de nuisances environnementales pour éviter le simple geste de jeter une poignée de litière dans un seau et de vidanger celui-ci sur le compost!

La deuxième idée fausse est d'assimiler les fèces desséchées à de l'humus.

Pratiquement la totalité des toilettes sèches du commerce fonctionne suivant le même principe [4]. En consultant les catalogues, hauts en couleur de ces toilettes, on relève la discrétion concernant le devenir des urines. Ce qui est le plus choquant, c'est qu'on appelle «compost» un produit qui n'est rien d'autre que des fèces desséchées. Dès qu'on a séparé les urines, le compostage des matières solides devient problématique. Lorsqu'on mélange ces matières avec de la tourbe, il n'y a, au mieux, qu'une sorte de maturation par dessèchement, mais nullement de la formation d'humus.

[4]
Les toilettes sèches où l'on ne sépare pas l'urine et les fèces sont mieux, mais cela ne suffit pas. Même l'ajout de la litière doit répondre à des critères bien précis. Pour la conception d'une bonne toilette, il faut connaître les processus de formation des sols.

Les concepteurs et vendeurs des toilettes sèches n'ont pas le «privilège» de la méconnaissance de la nature de l'humus. Lors de mes discussions avec des techniciens en génie sanitaire, je suis souvent stupéfait de l'étendue de leur ignorance en matière de pédologie (étude des sols), pourtant capitale pour connaître les impacts environnementaux de l'épuration. Tout récemment, un de ces techniciens s'est étonné de mes réticences quant à la valorisation agricole des boues d'épuration. D'après lui, "ces boues contiennent aussi de la matière organique identique à l'humus". "Donc l'azote enlevé des eaux fécales, avec les boues d'épuration se retrouve sur le sol sous forme d'humus. L'épuration collective est un facteur de maintien de la fertilité de nos terres agricoles". Même en faisant abstraction des métaux lourds contenus dans les boues d'épuration, il est aisé de montrer que ce raisonnement est entièrement faux. Ce qui est malheureux est que des «écolos» de bonne volonté ou des vendeurs de toilettes sèches véhiculent aussi les mêmes idées scientifiquement indéfendables. L'extension de ces idées constitue un des obstacles devant une prise de conscience généralisée du gâchis environnemental perpétré par l'assainissement pratiqué (voire imposé par la loi) actuellement.

La troisième idée fausse est de croire que l'urine stockée peut être utilisée dans le jardin, sans nuisances.

L'urine est recueillie dans un réservoir où, grâce à l'action d'un enzyme toujours présent dans l'urine [5], l'azote organique se transforme assez rapidement en ions d'ammonium. C'est ce qui explique l'odeur d'ammoniac (NH3) de l'urine qui séjourne quelques heures dans un pot de chambre ou dans un seau hygiénique. Compte tenu du fait qu'environ 80 % de l'azote organique contenu dans nos déjections se trouve dans l'urine, on comprend l'importance du devenir de l'urine pour le milieu récepteur.

[5]
Il s'agit de l'uréase. Cet enzyme est capable d'hydrolyser (décomposer en utilisant une molécule d'eau H2O) l'urée [carbamide : (NH2)2CO] en ammoniac NH3 et en dioxyde de carbone CO2. Ce processus est parfois assez rapide, ce qui explique, entre autres, l'odeur d'ammoniac de l'urine stocké même dans un vase de nuit.

En fait, sous forme ammoniacale, l'azote ne peut suivre dans la nature que le chemin de l'oxydation. Il se forme ainsi des ions nitrite (NO2-) particulièrement toxiques qui s'oxydent en nitrates (NO3-). L'urine stockée dans le réservoir de la toilette devient un concentré d'ammonium contenant des ions de nitrites et de nitrates.

Les constructeurs des toilettes sèches recommandent d'utiliser l'urine stockée en la diluant 8 fois pour l'irrigation des plantes. Après avoir ajouté de l'eau pour diluer 8 fois l'urine, on se demande ce que devient l'économie d'eau annoncée pour justifier l'installation. Le véritable problème réside dans le processus de percolation et d'oxydation de l'ammoniac contenu dans le liquide. Sous forme ammoniacale (NH4+), l'azote s'infiltre encore plus facilement et rapidement [6] dans la nappe phréatique que sous forme nitrique et constitue une pollution particulièrement pernicieuse. Les ions d'ammonium présents dans le liquide épandu en surface s'oxydent en nitrates. Ceux-ci ont incontestablement un pouvoir fertilisant et agissent comme un engrais chimique, mais d'une manière plus nuisible, car ils contiennent en outre, des ions nitrite (NO2-) toxiques. Affirmer donc que les urines stockées et diluées peuvent être utilisés sans nuisances dans le jardin est une position qui ne peut être justifiée que par l'ignorance des processus physico-chimiques qui ont lieu dans l'urine stockée et ceux qui régissent la vie du sol.

[6]
En raison de la petite taille des ions d'ammonium NH4+.

En résumé, l'épandage de l'urine dans le jardin s'apparente à celui du lisier d'élevage. Cela est d'autant plus vrai, que les fèces desséchées y aboutissent également. Normalement, ce type d'épandage est également soumis aux mêmes règlements que celui du lisier d'élevage. La quantité d'azote (N) épandu sous forme de lisier ne peut pas dépasser 200 kg par an par hectare (en Europe). Pour épandre donc avec l'urine et les fèces les 5 kg d'azote que «produit» annuellement une personne, il faut un jardin d'au moins 2.5 ares (250 m²). Une famille de 4 personnes devrait dont disposer d'un jardin de 10 ares (1000 m²). En dessous de cette valeur, il y a dépassement des normes.

La quatrième idée fausse est de croire que l'avantage principal des toilettes sèches est l'économie d'eau.

Nous avons vu, à propos de la dilution de l'urine avant son utilisation dans le jardin, que l'économie d'eau est moins importante qu'annoncée. Cette idée en entraîne une autre, encore plus grave: le but principal de la toilette sèche est d'éviter de polluer l'eau. Sans nier cet aspect, il faut attirer l'attention sur le fait que l'urine épandue dans le jardin est susceptible de polluer plus nos réserves d'eau potable que l'épuration classique des eaux fécales. Le corollaire de cette idée fausse est de croire qu'une bonne épuration des eaux fécales répare les dégâts causés par l'usage des W.-C. à chasse. C'est, sans aucun doute, l'erreur la plus lourde de conséquences. C'est ce qui conduit les personnes motivées pour la protection de l'environnement vers les systèmes d'épuration par les plantes. Au risque de nous répéter, nous devons insister sur le fait qu'il n'y a pas de bonne méthode pour épurer les eaux-vannes. Le gâchis est fait au moment où les excréments sont rejetés dans de l'eau et surtout épurés. Ce gâchis est irréversible [7].

[7]
Cette affirmation est particulièrement vraie dans le cas des élevages d'animaux sur caillebotis. La nuisance générée par l'épandage du lisier sur les terres trouve précisément son origine dans la transformation de l'azote organique des déjections en azote ammoniacal pendant le stockage du lisier. C'est le même phénomène que celui qui a lieu dans le réservoir de stockage d'urine des toilettes sèches du commerce.

Comment utiliser une TLB en appartement urbain?

Un des arguments des défenseurs des toilettes à séparation consiste à poser d'office que « le public n'est pas encore prêt à accepter l'usage d'une toilette sèche comme la TLB », il leur faut une toilette dont l'usage est identique à celui des W.-C. Certes, mais le passage à une gestion durable des eaux usées n'implique pas nécessairement l'abandon des habitudes et un passage obligatoire à la TLB. Ceux qui tiennent à leur W.-C. à chasse d'eau, peuvent aussi le conserver, sans pour autant détruire l'environnement, mais le passage vers la gestion durable des eaux usées appartient alors aux autorités communales et/ou réginales. De plus, quand on habite en ville dans un appartement il n'est pas question d'utiliser une toilette sèche. En zones rurales et péri-urbaines, la TLB constitue cependant la solution la plus rationnelle et la plus respectueuse de l'environnement. Le passage à une toilette à séparation constitue ici une solution, qui pollue pratiquement autant que le W-C classique.

En appliquant les principes de SAINECO ou asSAINissement ECOlogique, partout où, pour différentes raisons, on ne peut ou on ne veut pas utiliser une TLB, une forme de W.-C. à chasse d'eau pourraient être utilisé. Voir à ce sujet la première vidéo intitulée « La fin du tout à l'égout » à la page d'accueil. Bien qu'à long terme, c'est la solution la plus rationnelle, même en zones péri-urbaines et rurales, l'usage d'une TLB ne sera pas obligatoire. Les communes organiseront la collecte sélective des effluents des W.-C. à chasse économique déversés dans une fosse à vidanger. Les matières à vidanges seront acheminées vers les centres d'imprégnation et de compostage. Les eaux grises produites dans ces quartiers serviront à irriguer les jardins ou à alimenter la nappe phréatique via un système de dispersion. Dans les zones rurales et péri-urbaines, les égouts déjà placés ne récolteront plus d'eaux usées, mais uniquement les eaux de la voirie.

La loi de base des écosystèmes

Après cette analyse, le lecteur peut se demander à juste titre, ce qu'il faut faire si l'usage des W.-C. raccordés à un égout est à déconseiller et que l'usage de certaines toilettes sèches du commerce est tout aussi nuisible.

Pour répondre à cette question il faut :

- Revoir notre relation avec nos déjections;
- Connaître la loi de base qui régit le fonctionnement de tous les écosystèmes;
- S'orienter vers les techniques qui ont intégré ces nouvelles données.

La loi de base

Pour commencer, voici l'énoncé de cette loi:

Chaque kilogramme de biomasse végétale et animale qu'on ne réintroduit pas d'une manière conjointe dans le processus de formation des sols, affaiblit la capacité de production de l'écosystème et devient une menace de pollution des eaux et/ou de l'air. Il en résulte toujours une perturbation des grands cycles naturels comme celui de l'azote, du phosphore du carbone et aussi de l'eau.

Qu'est-ce que la «biomasse végétale ou animale»?

Biomasse végétale Biomasse animale
Bois, feuilles mortes, pailles, tiges, fanes, rafles, etc. Dépouilles des animaux, déjections animales et humaines.
Riche en carbone, pauvre en azote. Riche en azote, pauvre en carbone.
Rapport carbone/azote (C/N) élevé (jusqu'à 300). Rapport carbone/azote (C/N) peu élevé (environ 7).
Sans l'association judicieuse de ces deux types de biomasse et leur introduction dans le processus de formation des sols, il n'y a ni gestion de l'eau, ni production alimentaire durables.
A contrario: la mobilisation et l'introduction dans le processus de formation du sol de toute la biomasse disponible sortirait le monde de ses problèmes d'eau et de ses problèmes alimentaires en moins de deux générations, sans mobiliser des capitaux importants.

Si l'on examine les causes premières de tous les problèmes d'eau rencontrés dans le monde, on découvre à la base des décisions incorrectes relatives à la gestion de la biomasse. La destruction massive de celle-ci sous prétexte de «valorisation énergétique» ou «d'épuration» déséquilibre de plus en plus la biosphère jusqu'au point de rupture. Même une partie, non négligeable, des changements climatiques provient de la gestion incorrecte de la biomasse.

La biomasse fécale humaine est loin d'être une «quantité négligeable». L'azote contenu dans les déjections de l'humanité représente une masse équivalente à 40 % de l'azote utilisé dans l'agriculture mondiale. Dans le règne animal terrestre (grands animaux), la biomasse humaine se situe à la deuxième place après les bovins et les insectes et avant les porcins. Lorsqu'on envisage la gestion durable de la biosphère, la destruction massive des déjections humaines sous prétexte d'épuration est une forme de suicide collectif. En ce sens, le principe même de l'épuration des eaux fécales, quel que soit le système utilisé, est incompatible avec le concept du développement durable [8].

On comprend mieux cette idée, en lisant le paragraphe sur L'importance de l'humus au chapitre consacré aux éléments de l'assainissement écologique.

Pour satisfaire les exigences de la loi de base, il faut trouver les solutions techniques qui reconduisent nos déjections conjointement avec la biomasse végétale dans le cycle de formation de l'humus. La toilette à litière biomaîtrisée (TLB) constitue une des réponses possibles à cette exigence. L'autre conduit vers la collecte et traitement sélectifs des eaux vannes et des eaux grises.

[8]
Un des premiers W.-C. à chasse d'eau a été construit en Angleterre par le plombier Thomas Capper à la fin du 19ème siècle. Au début, il s'agissait d'une installation réservée uniquement aux riches. Son impact environnemental était donc limité. Les hommes subjugués par les idées hygiénistes y voyaient la solution définitive des problèmes de salubrité des villes. Ils ne pouvaient pas encore prévoir le désastre environnemental provoqué par la généralisation des W.-C. raccordés à un système d'épuration. C'est la combinaison des deux (W.-C. + épuration) qui constitue une nuisance majeure. Nous savons actuellement que la solution alternative consiste à ne pas produire des eaux vannes et utiliser de bonnes toilettes sèches où bien collecter les eaux vannes concentrées et de les valoriser par compostage thermogène produisant de l'humus pour le sol, et de l'énergie à basse température pour le chauffage des habitations. Les W.-C., tels qu'on les utilisent actuellement, doivent donc être considérés comme un accident de l'histoire humaine, une erreur qu'il est grand temps de corriger. Ce qui est inquiétant, c'est que de nombreux techniciens en génie sanitaire sont restés dans la mentalité hygiéniste avec les techniques inventées au 19ème siècle.

En résumé, que faut-il alors revoir dans notre relation à nos excréments ? Il faut admettre une fois pour toutes que nos déjections ne sont pas des déchets à épurer, mais font partie intégrante de l'écosystème qui nous fait vivre. Notre alimentation vient de la terre, nos déjections doivent y retourner, mais suivant un processus qu'il vaut mieux connaître afin de ne pas commettre de fautes irréparables.

À ce sujet, il faut lire le prochain chapitre sur Notre relation à nos déjections.

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