
«Ainsi le saint a-t-il dit:
Accepter toutes les immondices du royaume,
C'est être le seigneur du sol et des céréales.»
Lao-Tseu, Tao-Tö king 78e chapitre
Première publication du texte de la présente page sur www.eautarcie.com : 2003
Adaptation du texte original et première publication de la présente page sur www.eautarcie.org : 2009-10-13
Mise à jour : 2011-01-10


Le compostage correct est la technique incontournable pour le maintien durable de la production agricole. Vu l'augmentation de la population mondiale, la généralisation ou la marginalisation de cette technique conditionnera notre survie sur cette planète. La valorisation agricole des déjections humaines fera partie des techniques de l'avenir. Au vu de la dégradation des terres agricoles, nos enfants nous accuseront d'insouciance coupable d'avoir tardé à reconnaître le caractère insoutenable de l'épuration des eaux-vannes. Le W.-C. à chasse et son complément logique: le système de «tout à l'égout», a fait son temps. Pour une gestion durable de notre environnement, il faut tourner la page et s'orienter vers des techniques de prévention des problèmes à la source.
Ceux qui ont adopté la toilette à litière biomaîtrisée (TLB) sont à la pointe du progrès vers un monde durable. Étant donné que la communauté refuse d'envisager le ramassage sélectif et le compostage collectif des déjections humaines, c'est l'individu qui doit prendre en charge ce problème. Ceux qui compostent déjà les déchets de leur jardin et/ou les déchets de la cuisine, n'auront pas de problème d'adaptation. Le compostage des effluents de la TLB n'ajoute que peu à leur travail. Les autres doivent apprendre les rudiments de cette technique qui, selon certains, relève presque de l'art. Nous n'avons pas la prétention de nous substituer aux excellents ouvrages disponibles sur le sujet, notamment à la librairie de l'association Nature & Progrès [1]. Nous nous contenterons de donner quelques indications surtout en ce qui concerne la spécificité du compostage des déjections.
Le but du compostage est d'introduire la biomasse végétale et animale dans le processus de formation de l'humus. Ce dernier est «l'or brun de la terre». Sans humus, nous avançons à grand pas vers la disparition des terres arables et la désertification
. Ceci entraînera par voie de conséquence des changements climatiques et provoquera des pénuries d'eau de plus en plus graves. L'inverse de cette affirmation est heureusement vrai [2]: la restitution de la teneur en humus régénère les terres, modifie le climat et rétablit le régime hydrique d'un terroir. Les problèmes d'eau se résolvent sans autre intervention. Il faut savoir que l'humus est capable de fixer 50 fois son poids d'eau. En présence d'humus, la terre sablonneuse commence à tenir, tandis que le sol argileux et compact devient friable [3].
L'humus est une matière organique composée de grosses molécules (acides humiques) dont les éléments [4] sont présents dans la biomasse végétale et animale. La biomasse végétale fournit le «squelette» carboné, tandis que la biomasse animale apporte les «morceaux» protéiques contenant de l'azote et du phosphore. Le tout est «assaisonné» avec des sels minéraux. Le sol, avec ses particules d'argile, de calcaire et de sable apporte le support sur lequel se fixent, après synthèse, les molécules d'acides humiques formant ce qu'on appelle des «complexes argilo-humiques». C'est la phase ultime de la fixation de l'humus qu'on dit alors «stabilisé».
Lire à ce sujet le paragraphe sur L'importance de l'humus au chapitre consacré aux éléments de l'assainissement écologique.
La première règle d'or découle de ces constats : Le compostage se fait en contact direct et intime avec la terre. Le processus biologique d'une très grande complexité a lieu grâce à la faune microscopique et macroscopique qui vit naturellement dans le sol. Le cycle de vie de ces organismes comporte des passages dans le sol et aussi dans le compost qui se trouve au-dessus. Il y a donc un échange continuel entre les deux. Le compostage sur une aire bétonnée ou dans un bac de plastique prive le compost de ces échanges indispensables [5].
Il faut trouver un équilibre juste entre la composante végétale et animale. Au point de vue scientifique, il faut que le rapport carbone/azote (C/N) au départ du compostage soit d'environ 60. Au cours du compostage, ce rapport descend et se stabilise à 14. Tout un chacun n'a pas la possibilité de mesurer le C/N, mais cela n'est pas indispensable. Quand on a acquis l'art du compostage, on «sent» ce que les scientifiques mesurent avec leurs instruments.
Lorsque le compost contient trop peu de matière animale, le processus devient lent. La décomposition des feuilles mortes, sans adjonction de déjections peut mettre deux ans. Les tiges des plantes restent intactes et le compost a tendance à se dessécher. En présence d'un excès de déjections ou de fumier, le compost sent mauvais. Lorsqu'on le retourne, même après plusieurs mois, il dégage une odeur d'ammoniac. Il a tendance à devenir compact et humide. Ce n'est plus du compostage, mais de la pourriture. C'est ce qui se fait souvent, lorsqu'on tente de composter des déchets de cuisine dans un bac en plastique.
Il faut équilibrer le degré d'humidité du compost. Le bon compost n'est ni trop humide, ni trop sec. Lors de la constitution du tas de compost, il est relativement simple de fixer le degré d'humidité. En retirant son pied placé sur le compost, si la chaussure ou la botte fait un bruit de succion ou colle à la semelle, la matière à composter est trop humide. Un compost trop humide se tasse et devient compact. C'est la pourriture assurée. Par contre, la présence des cloportes en grand nombre indique que la matière à composter est trop sèche.
A un compost trop humide, on ajoutera de la paille, des végétaux à tiges ou même des brindilles. Ceci permet également l'accès de l'air. Il ne faut pas oublier que le compostage est un processus principalement aérobie.
Lorsque le compost est trop sec, vérifier s'il n'y a pas trop peu de composante animale, généralement très humide. Un excès de brindilles (tonte de haie, bois de taille) rend le compost trop sec. Généralement, l'adjonction des effluents de la TLB rétablit rapidement la situation. On a également ce phénomène lorsqu'on utilise trop de copeaux dans la toilette. Lors de la constitution du tas de compost, dans des rares cas où la matière est trop sèche, on peut l'arroser, sans la noyer [6].
Le temps de compostage a aussi toute son importance. Le compostage s'inscrit dans les cycles annuels du jardinage. Rien ne sert de se dépêcher. Vouloir faire du compost en trois mois avec des activateurs, c'est faire preuve d'un manque de sagesse [7]. En climat tempéré, le compostage correct de matières végétale et animale bien équilibrées et contenant des déjections requiert une période de mûrissement de deux ans, avant que le compost ne soit véritablement prêt à utiliser [8].
Le compostage des déjections se fait en deux étapes.
Pour commencer, on aménagera dans un coin du jardin – pas trop loin de l'habitation – un carré à compost
– d'un air d'une superficie d'environ 1 m² par personne que l'on peut clôturer
à l'aide d'un treillis de poule (un treillis métallique qu'on utilise pour clôturer des basses cours). On veillera à laisser un passage suffisamment large
pour une brouette. Avant de commencer à y déposer les matériaux, le sol du carré à compost est bêché et ratissé. Il est préférable d'installer le carré à l'ombre. Pour ombrager, les sureaux et les noisetiers conviennent parfaitement.
Dans le carré à compost, on déposera, tout au long de l'année, tout ce qui doit être composté: déchets de jardin, déchets de cuisine, effluents de la toilette à litière.
Pour commencer, le carré à compost vide est bêché et ratissé pour recevoir les nouveaux matériaux à composter. S'il y a une prédominance des effluents de TLB, on y placera au départ une couche de 20 à 30 cm de paille.
Après chaque déversement du contenu du seau de la TLB, on veillera à couvrir avec un peu de tonte d'herbe, de paille, de mauvaises herbes arrachées, de feuilles mortes [9], etc. Le seau est rincé et remis en service.
Au bout d'un an, le carré à compost est rempli. On procède alors, de préférence en automne ou au début de l'hiver, à la constitution du tas de compost.
Le contenu du carré à compost est donc vidé, pour en construire un tas sur un emplacement préalablement bêché et ratissé. Le contenu est entassé couche par couche pour faire un tas en forme de toit. Il aura environ 1,3 m de large à la base et une hauteur de 1 à 1,2 m. Sa longueur sera déterminée par la quantité de matière à composter. Le tas destiné à la maturation du compost peut aussi se réaliser dans un bac grillagé, selon l’exemple proposé sur le site Ec-Eau-Logis.
On disposera dans le fond les matières les plus fraîches. Afin d'y assurer une bonne aération, il est même intéressant de commencer par faire un lit de brindilles ou de paille. L'édification commencera avec les matériaux les moins décomposés, déversés récemment dans le carré à compost. On terminera avec les matériaux plus anciens et plus compacts. Option facultative : après chaque couche, on saupoudre de basalte, de litothame et un peu de cendres de bois, mais pas de la chaux. Si le compost est utilisé pour produire des asperges, y mettre un peu de plâtre déjà gâché, réduit en poudre.
Une autre option facultative consiste à saupoudrer le Le tas de compost fraîchement constitué avec une fine couche de tourbe. Pour ceux qui pratiquent cette technique, c'est le moment d’introduire les préparats biodynamiques [10].
On termine le travail en couvrant le tas d'une couche de 20 cm de paille. A ce moment, les bio-dynamistes pulvériseront sur le tas le préparat «valériane». On déposera sur la paille quelques branches afin d'empêcher la dispersion de la paille par les oiseaux qui ne tarderont à venir chercher les lombrics.
Le tas de compost
est abandonné pour un an
. Son volume se réduit de plus de 50%, la couverture de paille sera partiellement absorbée. Avant de vider à nouveau le carré à compost, on déplacera le tas précédent près du potager. Le compost mûr est friable, de couleur brunâtre
et sent bon la terre. Il est prêt à l'emploi pour être épandu sur les parcelles du potager. L'épandage se fait de préférence avant l'hiver. Une partie du compost stocké, couvert d'une couche de paille, sera réservé aux semis et aux plantations de printemps.
D’une manière générale, il y a autant de méthodes de compostage qu’il y a de jardiniers qui font du compost. Certaines sont meilleures que d’autres. C’est la pratique qui fait le maître. Il faut composter avec un sens de l’observation, tout en respectant les quatre règles d’or édictées ci-dessus. La méthode peut cependant différer.
Par exemple, certains compostent en une seule étape, ce qui peut allonger la période de temps requise au mûrissement du compost. D’autres retournent leur compost plus d’une fois par année, ce qui aura pour effet de diminuer le temps de compostage. On retrouve des exemples d’autres types d’assemblages constitués de deux, trois voire même plusieurs enclos à compostage, selon le volume de matières à composter, et dont l’utilisation sera permutée en respectant une rotation des étapes de compostage. Un enclos pourrait même être réservé au stockage de la litière destinée à recouvrir les matières à composter après chaque déversement.
On retrouve des images intéressantes sur le compostage à trois enclos sur le site Ec-Eau-Logis.
Des personnes âgées ont souvent du mal a vider le carré à compost pour en faire un tas. Manipuler la fourche peut également ne pas être au goût de tous.
Dans ce cas, on désignera dans le jardin une petite parcelle de quelques m² pour y déverser le contenu du seau à même la terre en une couche de 15 à 20 cm. Afin de ne pas exposer le voisinage au spectacle des papiers de toilettes usagers, on couvrira ce qu'on a déversé avec un peu de matières végétales: feuilles mortes, tonte de gazon, plantes arrachées, ou en hiver avec un peu de paille. Certains y mettent des cartons d'emballage bien humidifiés. C'est aussi efficace, mais moins esthétique. C'est la façon la plus écologique pour éliminer ce type de déchets. Pendant le processus de «digestion» par le sol, les colorants d'imprimerie s'éliminent intégralement en quelques mois. Il faut prendre soin d'enlever les agrafes métalliques et les feuilles de plastique.
Ce qu'on a déversé stimule d'une manière remarquable la vie du sol. Un grand nombre de lombrics y font leur apparition et transforment nos déjections en humus précieux. C'est d'ailleurs la méthode la plus simple et la plus efficace pour dépolluer les sols des friches industrielles, mais aussi pour régénérer les sols dégradés et stériles (des remblais par exemple).
En quelques années de ce régime,
- du sable stérile devient un sol humifère riche et léger, qui «tient»;
- un sol argileux et compact devient un sol friable et très fertile;
- sur un socle rocailleux ou sur une terre composée de gravier, un sol fertile se forme.
Grâce à sa toilette à litière, chacun peut donc créer un jardin florissant partout, et cela, sans compostage.
La méthode est également utilisable dans les camps scouts en lieu et place des fameux «feuillées» très polluantes. Les effluents des TLB seront donc déversés dans un coin retiré du bois ou du champ, couverts de feuilles mortes ou de végétaux. Afin d'empêcher le passage sur ce déversement, on y mettra par exemple des branchages coupés.
Lors de mes contacts avec le public, j'ai souvent rencontré l'inquiétude quant aux dangers sanitaires que représente l'utilisation du compost de déjections dans le jardin potager. On accepte pourtant la présence des mêmes bactéries pathogènes dans le fumier d'étable ou du lisier, largement utilisés sur les terres, sans parler de l'épandage courant des gadoues de fosses septiques.
Le grand public ignore souvent, ou ne réalise pas que les légumes proviennent fréquemment de terres ayant été fertilisées avec des gadoues des fosses septiques. Ces gadoues contiennent bien plus de bactéries réputées pathogènes que le compost de déjections. On y a, en plus, les œufs des parasites intestinaux, absents dans le compost [11]. L'épandage des gadoues des fosses septiques est non seulement admis, mais encouragé par la législation. Les fermiers sont souvent des vidangeurs agréés.
Lorsqu'on ne composte pas correctement, l'inquiétude par rapport aux parasites intestinaux [12] est partiellement fondée. C'est la raison pour laquelle, le temps de compostage normal est prolongé d'une année. Pendant la seconde phase
du compostage, les œufs des parasites intestinaux finissent par disparaître. Pendant cette phase la masse du compost est, pour ainsi dire, «réticulé» par un réseau de mycélium. Ces champignons microscopiques constituent un véritable antibiotique qui élimine les bactéries pathogènes, mais ils n'apparaissent qu'à la fin de la deuxième année.
Il faut également parler du syndrome de l'empereur chinois. On raconte souvent que les empereurs chinois, contrairement à leurs sujets, ne consommaient pas les aliments récoltés sur des terres fertilisées avec des déjections humaines. On cite également le refus des ruminants de manger l'herbe qui pousse sur leurs déjections. La réticence à utiliser les déjections humaines est en fait de nature psychologique et culturelle, de même que la crainte de la contamination bactérienne. Il ne faut pas perdre de vue que:
- les Chinois ne compostaient pas leurs déjections, mais l'utilisaient directement sur le sol;
- l'herbe des prairies engraissées avec du fumier composté est bien acceptée par les animaux.
Il ne fait pas de doute que les déjections non compostées (autant que le lisier, les gadoues de fosses septiques et les boues d'épuration actuellement épandues à grande échelle, ce qui ne semble pas inquiéter les personnes soucieuses d'hygiène) introduisent un grand nombre de germes pathogènes dans le milieu de production de nos aliments. Par contre, l'utilisation du compost de déjections d'une toilette sèche ne présente pas cet inconvénient. La teneur en bactéries pathogènes de ce type de compost est beaucoup plus faible que celle des gadoues des fosses septiques ou du lisier d'élevage. La peur de la manipulation et de l'utilisation des déjections humaines est dépourvue de base objective [13] (même si l'on trouve toujours une justification). Elle est d'origine culturelle et psychologique.
L'utilisation du compost de déjections augmente la capacité de rétention d'eau des terres et, de ce fait, diminue les besoins en eau d'irrigation. Chaque kg de compost qui remplace l'engrais chimique diminue la pollution agricole et aussi les besoins en pesticides.
Il faut insister sur le fait que le processus du compostage commence dans le seau de la TLB. Il n'est donc pas indifférent de ce que l'on met dans ce seau.
Qu'en est-il de la qualité du compost lorsqu'on prend des médicaments, notamment des antibiotiques? L'inquiétude concerne la possibilité de retrouver des résidus dans les légumes produits avec le compost, mais aussi l'action des antibiotiques sur la faune bactérienne pendant le compostage.
Il est rare que les membres d'une famille consomment des antibiotiques pendant toute l'année. La prise de ce médicament est temporaire, donc sa quantité sera faible dans l'ensemble du compost composé aussi par les déchets de cuisine et du jardin.
En 1998, nous avons fait une expérience de compostage intéressant à la Ferme Pilote de l'Institut Agricole de Ath (CARAH). Du lisier venant d'un élevage porcin contenant de grandes quantités d'antibiotiques a servi pour imprégner un lot de déchet broyé de bois, provenant des chantiers de démolition de vieilles maisons. Après quelques jours d'imprégnation, le tas de compost a été édifié. Dans l'échantillon prélevé du tas, une analyse par chromatographie en phase gazeuse a mis en évidence une grande quantité et de diversité de polluants organiques: antibiotiques, colorants, produits d'imprégnation de bois, fongicides, résidus de peinture, etc.
Contrairement aux prédictions, les antibiotiques n'ont absolument pas tué les bactéries responsables du compostage: après quelques jours, la température au cœur du tas de compost était supérieure à 60°C. Après trois mois de compostage une nouvelle analyse a été faite sur le compost. Les polluants de nature organique ont presque disparu: dans le chromatogramme, on ne voyait qu'un «bruit de fond». La concentration des différents polluants était à la limite de la détection par cette méthode (tout de même sensible).
On a cependant remarqué que les métaux lourds présents au début du compostage restaient dans le compost. Notre projet - dont le financement a été refusé par la Région wallonne, mais aussi par la Communauté Européenne - était de mettre au point une méthode de compostage qui rendrait les métaux lourds présents bio-indisponibles, donc non assimilables par les plantes. Ceci aurait pu être une méthode simple, bon marché et efficace pour la réhabilitation des friches industrielles et des boues de dragage des canaux et des rivières gravement polluées. Les décideurs régionaux et européens ont écarté notre projet sous prétexte que «le compostage n'est pas une nouvelle technologie». Ils ont préféré financer des projets comme l'enlèvement des terres polluées, leur transport par camion vers un centre de lixiviation avec de l'acide sulfurique concentré, la neutralisation du résidu acide, le lavage à l'eau de la terre lixiviée et sa remise en place (avec un coût très élevé). À la question de savoir ce que l'on comptait faire avec l'acide sulfurique contenant les polluants, on nous a répondu que «ce serait une autre entreprise qui s'en chargerait» (pour le mettre en décharge contrôlée prévue pour des déchets toxiques).
Avant leur usage dans le potager, les déjections sont compostées pendant deux ans. Ce temps est largement suffisant pour éliminer les antibiotiques, mais aussi tous les résidus de médicaments.
Bien que nous n'ayons pas d'expérience directe à ce sujet [14], il appert, selon les expériences vécues que l'on retrouve exprimées sur d'autres sites web, que l'on puisse composter à l'année dans la plupart des régions tempérées du monde où l'hiver soit le moindrement rigoureux.
Selon l'expérience américaine, au climat généralement plus tempéré qu'au Canada, Joseph Jenkins continue d'ajouter ses déchets de cuisine et les effluents de sa TLB au carré à compost tout l'hiver. Néanmoins, le processus de décomposition est plus actif à partir du printemps jusqu'au moment des premières gelées d'automne.
Selon l'expérience canadienne, la décomposition se poursuivra en début d'hiver, mais le processus sera ralenti et même arrêté, surtout dans les composteurs domestiques (de moins d'un mètre cube) pendant les périodes de grand froid. Pour ce volume de compost, l'activité bactérienne diminue sensiblement lorsque la température ambiante descend sous les -10°C. Rappelons qu'en général, la température du carré de compost reste plus élevée que la température ambiante à cause de l'activité bactérienne en son coeur.
Les hivers en Hongrie, à climat continental, peuvent également être durs. Suivant certaines expériences hongroises, lorsque le volume du compost dépasse les 2 m³, l'intérieur du tas ne gèle pas, même par -20°C pendant des semaines. Par ailleurs, dans le cas du compostage à grande échelle ou de type industriel, la température interne du tas, puisque de grande dimension, demeure constante, peu importe la température extérieure.
Pour le compostage en petit volume, l'hiver est davantage une saison d'entreposage. Au dégel du printemps, le compost reviendra à la vie avec d'autant plus de vigueur que la matière aura été rendue très friable par les périodes de gel et de dégel. L'éclatement de sa structure interne (notamment des cellules végétales) favorisera un compostage plus rapide.
Signalons que le compostage hivernal impose certaines tâches inhérentes aux régions enneigées: le déneigement d'un passage entre la maison et le carré à compost, ainsi que du carré lui-même. Comme il faut aussi prendre soin de recouvrir le carré d'une couche de litière après usage (par exemple du foin ou de la paille), même en hiver, il faut donc disposer d'un emplacement protégé pour le remisage à sec de ladite litière, à proximité du carré à compost.
Selon l'expérience de Joseph Jenkins, un temps de mûrissement de deux ans pour le compost s'avère satisfaisant dans sa région (la Pennsylvanie, dans le nord des USA). Dans les régions confrontées à des hivers rigoureux, la durée du compostage devra vraisemblablement s'étendre au-delà de 2 ans pour permettre au compost d'atteindre sa pleine maturité.
La question de la litière revient régulièrement dans les questions qu'on me pose à propos de cette toilette.
Pour commencer, il y a une question de quantité. Une des objections soulevées à l'encontre de la TLB est de dire que «en cas de généralisation de ce type de toilette, il n'y aura jamais assez de matière végétale pour alimenter les toilettes». Dans les faits, les feuilles mortes d'un seul grand arbre suffisent pour couvrir les besoins en litière d'une personne pendant toute l'année. La production de quelques dizaines ou de centaines d'hectares de bois suffirait pour couvrir les besoins en litière d'une ville. De plus, dans les ordures ménagères la fraction cellulosique (papiers souillés, cartons d'emballage) constitue un «gisement» non négligeable.
Tout déchet de papier, impropre à la préparation de papier recyclé, convient soit pour la préparation d'une litière, soit pour l'imprégnation par les effluents des turbo-toilettes d'un centre urbain. Brûler des déchets cellulosiques (pellets de bois, bio-méthane, biocarburants, déchets forestiers et agricoles, etc.) sous prétexte de «valorisation énergétique» est une atteinte grave à la biosphère. En examinant le problème au point de vue de l'alimentation mondiale dans un avenir relativement proche, la «valorisation énergétique de la biomasse» apparaîtra comme une décision immorale. Dans un mode durable, la place des déchets végétaux et cellulosiques se trouve dans un centre d'imprégnation par les effluents des toilettes et ceux des élevages d'animaux. Le compost ainsi produit est indispensable pour la pérennité de la production alimentaire mondiale.
Au risque de me répéter, je dois dire: toute matière cellulosique (d'origine végétale) convient pour la préparation de la litière. Une des meilleures litières est préparée au départ de tous les déchets de son jardin: feuilles mortes, tonte de gazon séchée, taille de haie, taille des arbres fruitiers, plantes arrachées, etc. Pour la facilité d'usage, on utilisera un broyeur à végétaux
.
Il faut être attentif à la qualité lors de l'achat d'un broyeur à végétaux. L'achat des broyeurs de faible puissance (moins de 2200 W) est à déconseiller. Leur débit est lent et les bourrages sont très fréquents. On passe plus de temps à les démonter et à les débloquer... qu'à broyer. Lire à ce sujet l'article paru dans Les Quatre saisons du jardinage, nov-déc 2005, n°155, pages 39 à 42.
A propos de l'usage d'un broyeur à végétaux, sans contester son utilité, personnellement je me sens un peu mal à l'aise. Ces engins consomment une quantité non négligeable d'énergie électrique ou de carburant liquide. J'ai remarqué que les feuilles mortes
et les plantes arrachées, après quelques mois de stockage dans un endroit sec, finissent par tomber en très petits morceaux, presque spontanément, fournissant une excellente litière, sans énergie nucléaire (électrique) ou de pétrole.
On peut aussi se procurer de la litière auprès d'un atelier de menuiserie. Les copeaux
et la sciure de bois y sont disponibles gratuitement. L'inconvénient de ce type de litière est la poussière qui s'y trouve [15]. Afin d'éviter la poussière, certains utilisent, comme litière, la paille de papier qui sort d'un destructeur de documents
. C'est une litière d'excellente qualité, bien que ce papier puisse aussi servir à la fabrication du papier recyclé. On vend également dans le commerce de la litière végétale pour animaux. Pour préparer la litière, certains utilisent des cartons d'emballage
qui, après humidification, se déchiquètent facilement en petits morceaux. C'est une excellente litière qui se composte très bien. Les colorants d'encre d'imprimerie se décomposent intégralement pendant le compostage, sans laisser de résidus toxiques. Il faut veiller à enlever les parties en matières plastiques (bandes adhésives, étiquettes) et les parties métalliques (agrafes). Les essuies en papier usagers (essuies de cuisine, serviettes de table, mouchoirs en papier) déchiquetés entrent également dans la litière.
Le rapport carbone/azote de nos déjections est trop faible pour la formation de l'humus. De ce fait, lorsque mélangé avec de la terre, une bonne partie de l'azote organique de nos déjections est perdue par minéralisation spontanée (transformation en nitrates, en nitrites et en ammonium), faute de carbone. Le pouvoir fertilisant du fumier non composté provient précisément de cette minéralisation, mais son action est identique à celle des engrais chimiques [16].
Bien que le rapport carbone/azote puisse être ajusté avec de la tourbe, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un produit non renouvelable. De plus, on observe que la tourbe, probablement à cause de son caractère acide, maîtrise moins bien les odeurs que la matière végétale sèche [17].
Le caractère fortement basique de ces substances inhibe l'action des micro-organismes pour la transformation de la matière organique en humus. On ne peut envisager que l'adjonction de petites quantités de cendre pendant le compostage, mais pas dans une toilette. Les vieux paysans disent toujours: «la chaux enrichit le père et ruine le fils». La chaux et la potasse (une des composantes des cendres) accélèrent la décomposition spontanée de l'humus dans le sol, en libérant rapidement l'azote et le phosphore organiques. Il en résulte une forte augmentation des rendements au détriment des réserves humique du sol. Le chaulage du compost, préconisé par certains spécialistes en agriculture, interrompt le processus de régénération des sols.
Le paragraphe qui suit, s'adresse en priorité aux personnes qui pratiquent l'agriculture biodynamique. Cette technique, en dépit des résultats remarquables obtenus sur le terrain, est qualifiée de non-scientifique par la plupart des spécialistes en agriculture. Certains scientifiques pourraient mal interpréter mes propos. Le fait de prendre la parole à l'intention des pratiquants de la biodynamie et d'utiliser leur vocabulaire, ne signifie pas nécessairement mon adhésion sans réserves aux idées de Steiner. D'un autre côté, j'estime que dans l'examen de la pensée de ce personnage génial, aussi bien que celle de Louis-Claude Vincent ou de Louis Kervran, même un scientifique «pur et dur» doit suivre une méthode d'approche scientifique et s'en tenir aux faits observés. Le rejet «en bloc» n'est pas une attitude scientifique, mais passionnelle. A ma connaissance, vraiment peu de scientifiques ont pris la peine d'examiner le fond de la pensée de ces chercheurs marginaux. Quand on se cantonne au niveau de la formulation, souvent maladroite et parfois incorrecte, de ces génies, on a tendance à «jeter le bébé avec l'eau de son bain». L'histoire des sciences contient un grand nombre de cas de rejet des idées géniales par les contemporains. Comme disait Ignác Semmelweis (médecin hongrois du début de 19ème siècle, inventeur de l'antisepsie et l'asepsie, avant la découverte des bactéries), après avoir été écrasé par l'institution médicale de son époque: «La vérité ne triomphe jamais, il n'y a que ses détracteurs qui finissent par mourir!». L'histoire lui a donné, hélas, raison.
Lors du cours aux agriculteurs en 1924, Rudolf Steiner a attiré l'attention sur le fait que chez l'homme, l'apparition de la conscience extrait toutes les forces dynamiques des fèces humaines. En dépit du fait qu'au point de vue chimique et biologique, le fumier humain convient pour la fertilisation des terres, le «manque de dynamique» le rend impropre à l'agriculture biodynamique. Pour le traitement des déjections, Steiner a proposé la dispersion des eaux fécales dans un fond de prairie.
C'est l'objection formulée par les tenants de l'agriculture biodynamique à l'encontre du compostage des effluents de la TLB.
Après avoir discuté le problème de compostage des déjections avec des personnes pratiquant depuis de longues années l'agriculture biodynamique, une série de remarques s'impose.
A l'époque de Steiner, nous n'étions que moins de 3 milliards sur cette terre. Actuellement la population est deux fois plus élevée et en constante augmentation. Si, en 1924 on pouvait se permettre le luxe de disperser les nutriments agricoles contenus dans les déjections, ce n'est absolument plus le cas à présent. La biomasse humaine dans la biosphère vient tout juste après la biomasse des bovins, mais précède celle des porcins (la biomasse des insectes dépasse largement celle des bovins, de ce fait, l'humanité - candidat à la famine - possède là un «garde-manger» tout à fait remarquable, mais c'est une autre histoire...). De ce fait, nos déjections ne constituent plus «une masse négligeable», un «déchet» qu'on peut «faire disparaître» de notre vue, ou détruire sous prétexte de «valorisation énergétique» (bio-méthane) ou sous prétexte «d'épuration». Rien que l'azote contenu dans les déjections humaines dans le monde représente une quantité équivalente à 40% de l'azote utilisé dans l'agriculture mondiale [18]. Nos déjections font partie intégrante de la biosphère qui produit notre alimentation. Dans un monde de développement durable, on ne peut plus ignorer ce fait capital.
La dynamique du compost du fumier d'étable est une «information» captée du cosmos par les cornes des bovins. Dans le système digestif de cet animal, le bol alimentaire passe par trois phases séparées d'un état de chaos. C'est dans cet état que «l'information» dynamique passe. Steiner insiste cependant sur le fait qu'il ne s'agit nullement d'une question de quantité, mais d'une question d'impulsion, renforcée par les préparats. Cette impulsion est absente dans le fumier humain. Lorsque, dans un jardin, on ne dispose que des déchets de jardin et des effluents d'une TLB, on peut facilement résoudre ce problème, en incorporant un ou deux seaux de fumier de vache (provenant de préférence d'une ferme en biodynamie) dans le compost annuel du jardin familial. A la ferme, on mettra tout simplement les effluents de la TLB dans le fumier d'étable. L'incorporation du fumier d'étable dans le compost familial se fera au moment de la vidange du carré à compost et la constitution du tas de compost pour la seconde phase du compostage. On peut augmenter l'efficacité de l'impulsion en travaillant le fumier de vache avec une quantité égale de compost en mélangeant pendant 20 minutes les deux à la pelle à la manière de la préparation du compost de Maria Thun. Ce mélange, bien incorporé dans le tas de compost lui donnera l'impulsion du bovin. Ce compost, traité avec les préparats fonctionnera d'une façon dynamique parfaite. C'est aussi notre expérience depuis plus de 20 ans dans notre jardin cultivé en biodynamie.
Le fonctionnement même de la TLB est basé sur un concept de biodynamie. La maîtrise des odeurs se fait par l'adjonction d'une litière végétale aux déjections. Les scientifiques expliquent ce fait par l'inhibition des réactions enzymatiques par la cellulose, ce qui est rigoureusement vrai. D'autres scientifiques ont remarqué qu'un compost de fumier cesse de «sentir mauvais» dès que le rapport carbone/azote (C/N) y dépasse 60. Ce qui est également vrai, mais ce n'est pas toute la vérité. Par l'adjonction de la tourbe aux déjections on peut également ajuster le rapport C/N à 60, mais le mélange continue à sentir mauvais. C'est la biodynamie qui donne la clef de cette énigme. L'ajustement du rapport C/N n'est donc pas suffisant pour la maîtrise des odeurs. Pour cela, il faut se souvenir d'une des recommandations de Steiner, suivant laquelle le bon compost (qui ne sent pas mauvais) est un organisme vivant reconstitué. En fait, le processus du compostage débute déjà dans la toilette par l'association des forces éthériques végétales (litière) avec l'astralité animale contenue dans les déjections. Ce faisant, nous mettons fin à un processus de déconstruction anarchique (pourriture produisant des substances malodorantes) pour le remplacer par un processus de construction de la matière humique du sol, grâce à un nouvel organisme possédant de l'astralité couplée avec des forces éthériques. On comprend à présent le fait que la séparation de l'urine et de la matière fécale supprime la condition nécessaire pour la formation de ce nouvel organisme, d'où l'apparition des problèmes d'odeurs dans les toilettes dites suédoises qu'on ne peut maîtriser qu'avec un système de ventilation. Dans l'urine séparée et stockée, en l'absence de litière végétale, le processus de déconstruction démarre rapidement produisant de l'ammoniac (malodorant) par l'hydrolyse enzymatique de l'urée. La matière organique ainsi décomposée est irrécupérable pour la formation de l'humus. L'urine diluée fonctionnera au jardin comme un engrais chimique, avec une quantité non négligeable d'ions nitrites très toxiques en prime, destinés aux eaux souterraines. Avec les toilettes scandinaves basées sur la séparation de l'urine, on reconstitue le processus de pollution par le lisier d'élevage.
Remarque: Dans la matière végétale morte et desséchée, les forces éthériques sont encore présentes, bien que sous forme latente. Ces forces s'éveillent en présence d'eau ou de l'urine. Le processus de fossilisation, par la formation de la tourbe, fait partir les forces éthériques de la matière végétale pour donner naissance à une matière de nature minérale.
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